L'Esprit Éditorial

Prière

Prier pour Ceux qui ne Connaissent pas Encore Christ

Nous portons tous le nom de quelqu’un qui ne croit pas encore. Avant de convaincre, avant de nous taire, il reste une porte qui ne se ferme jamais : prier pour lui.

Prière7 min de lecture

24 septembre 2025

Gros plan abstrait de coups de pinceau bleus et or sur une toile brute, baignés d’une lumière claire presque divine
Gros plan abstrait de coups de pinceau bleus et or sur une toile brute, baignés d’une lumière claire presque divine

« Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés. »

Romains 10:1

Presque chacun porte un nom, ou plusieurs. Un père qui hausse les épaules dès qu’on parle de Dieu. Une amie de trente ans qui vit sans y penser. Un enfant devenu adulte qui a refermé la porte que ses parents avaient ouverte. On voudrait tant qu’ils connaissent ce qui nous fait vivre, et l’on se heurte à un mur poli ou moqueur. Alors on se tait, par peur de tout gâcher, ou l’on parle trop, par peur de perdre du temps. Et souvent l’on oublie la seule chose qui reste toujours possible, même quand tout dialogue est bloqué : prier pour eux. Prier avant de convaincre, prier encore quand il n’y a plus rien à dire. L’intercession est la porte qui ne se ferme jamais.

Paul connaissait cette douleur. Lui, l’apôtre des nations, portait au cœur l’absence de son propre peuple. Il l’écrit aux Romains : Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés.(Romains 10:1). Le mot grec traduit par « vœu », eudokia, dit le penchant du cœur, le désir bienveillant qui incline tout l’être, bien au-delà d’une intention polie. Paul ne se contente pas de constater leur incrédulité ; il en souffre et il prie. Remarquons l’ordre : avant d’argumenter, avant de reprocher, il plie les genoux. Sa première réponse à ceux qui ne croient pas n’est pas un discours, c’est une prière montée vers Dieu.

Cet ordre nous délivre d’un poids que beaucoup portent en secret : la conviction qu’il nous reviendrait de sauver nos proches. Comme si, avec le bon argument, la vidéo décisive, la phrase parfaite, nous pouvions arracher leur adhésion. Or nul ne vient à Christ par la force d’une démonstration. Le passage du refus à la foi est une naissance, et une naissance ne se fabrique pas ; elle se reçoit. « C’est par la grâce que vous êtes sauvés », rappelle Paul ailleurs, et cela vaut aussi pour ceux que nous aimons. Prier pour eux, c’est reconnaître humblement que leur cœur n’est pas entre nos mains, mais entre celles de Dieu. Cela ne nous rend pas passifs ; cela nous rend priants.

Que demander, alors ? Des choses nettes, plutôt que des formules vagues. Que Dieu ouvre des yeux fermés, car l’incrédulité n’est pas d’abord un défaut d’informations, mais un voile posé sur le regard. Qu’il envoie sur leur route des ouvriers, comme Jésus nous invite à le prier au chapitre 9 de Matthieu, demandant au maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. Qu’il nous donne à nous-mêmes, plutôt que la satisfaction d’avoir raison, un amour patient qui rende l’Évangile crédible. On peut nommer chaque personne devant Dieu, une à une, sans se lasser, comme on tient une liste qu’on n’efface pas, et la reprendre semaine après semaine.

Reste l’épreuve du temps. Ces prières-là s’étirent souvent sur des années sans réponse visible, et le découragement guette. L’histoire de l’Église garde en mémoire une mère, Monique, qui pria plus de trente ans pour un fils brillant et dissipé nommé Augustin ; il devint l’un des plus grands témoins de la foi. Rien ne dit que nos délais seront plus courts, ni même que nous verrons de nos yeux l’exaucement. Mais rien ne dit non plus que le silence soit un refus. Les prières pour les âmes ne tombent pas dans le vide : elles sont déposées devant un Dieu qui, selon la parole de Paul à Timothée, veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.

Un écueil, cependant, à éviter : prier n’est pas manipuler. On n’intercède pas pour contraindre Dieu, ni pour se donner bonne conscience tout en traitant l’autre comme un projet à conclure. Celui pour qui nous prions reste une personne aimée de Dieu avant de nous appartenir comme cause. La prière juste change d’ailleurs celui qui prie : à force de porter quelqu’un devant Dieu, on cesse de le juger, on commence à l’aimer comme Dieu l’aime. L’intercession désarme notre impatience et notre air de supériorité. On ne peut pas longtemps prier pour une âme et continuer, au fond, de la mépriser ; les genoux pliés finissent par attendrir le cœur.

Et voici ce qui soutient tout : nous ne sommes pas les premiers à prier pour ces personnes. « Christ est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous », dit l’épître aux Romains quelques lignes plus haut. Nos prières balbutiantes pour ceux que nous aimons rejoignent l’intercession parfaite du Fils, qui a donné sa vie pour des gens qui, ce jour-là, ne le connaissaient pas encore ; nous en étions. Le salut de nos proches ne dépend pas, en dernier ressort, de notre éloquence ni de leur mérite, mais de la grâce d’un Sauveur qui aime chercher ceux qui ne le cherchent pas. Alors nous pouvons prier sans nous épuiser, car le travail décisif n’est pas le nôtre. Nous ne faisons que présenter des noms au seul qui peut ouvrir les cœurs.