L'Esprit Éditorial

Méditation

Un Lieu Désert, Avant le Jour : le Retrait de Jésus

3 octobre 20267 min de lecture
Paysage minimaliste à l'aube, brume douce sur des collines baignées d'une lumière dorée

« Vers le matin, pendant qu'il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert, où il pria. »

Marc 1:35

Il faut situer ce verset dans son moment pour en sentir la force. La veille, Jésus a enseigné avec autorité, chassé un esprit impur, guéri la belle-mère de Pierre, puis, le soir venu, toute la ville s'est pressée à la porte et il a guéri de nombreux malades. Le succès est à son comble, la demande est immense. Et voici ce qu'il fait le lendemain : Vers le matin, pendant qu'il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert, où il pria.(Marc 1:35) Au lieu de capitaliser sur la foule, il la quitte. Avant que le jour se lève, avant que la demande ne le happe, il se retire pour prier. Le maître ne commence pas sa journée par l'action, mais par la présence de son Père.

Marc précise l'heure et le lieu avec soin. C'est « vers le matin, pendant qu'il faisait encore très sombre », et c'est « un lieu désert ». Le mot grec pour ce lieu, eremos, désigne l'endroit solitaire, à l'écart, vide de monde. Jésus cherche délibérément le silence et la solitude, ce double espace où l'âme peut se tenir sans être sollicitée. Ce n'est pas une fuite du monde, puisqu'il y retournera dès que ses disciples le retrouveront ; c'est une source à laquelle il vient boire avant d'affronter le monde. La solitude habitée n'est pas de l'isolement ; c'est le lieu du face-à-face avec Dieu.

Ce qui frappe, c'est que celui qui n'avait aucun péché à confesser, aucun manque à combler, le Fils lui-même, ait éprouvé le besoin de ces heures de retrait. Si Jésus, dans la perfection de sa communion avec le Père, prenait le temps de s'isoler pour prier, comment prétendrions-nous, nous, nous en passer ? Son exemple retire à la prière méditative son parfum de luxe facultatif. Elle n'est pas réservée à quelques tempéraments contemplatifs ; elle est la respiration même de la vie avec Dieu, telle que le Seigneur l'a vécue et nous l'a montrée.

Marc note d'ailleurs que ce retrait n'a pas été de tout repos. À peine parti, Jésus est rattrapé : et, quand ils l'eurent trouvé, ils lui dirent: Tous te cherchent.(Marc 1:37) Les disciples ne comprennent pas qu'on puisse s'éloigner quand tout le monde vous réclame. La pression du succès et des besoins pesait déjà sur lui, comme elle pèse sur nous. Et pourtant il avait tenu à ce temps à l'écart, il l'avait défendu contre l'urgence. Cela nous dit une chose exigeante : le silence avec Dieu ne se trouve pas dans les creux de l'agenda, il s'arrache. Si Jésus n'avait pas devancé le jour, la foule aurait tout pris. Le lieu désert se conquiert sur le sommeil, sur les sollicitations, sur la tyrannie de ce qui presse.

Ce n'était du reste pas un geste isolé, mais une habitude constante de sa vie. Luc l'observe et le résume d'un mot : Et lui, il se retirait dans les déserts, et priait.(Luc 5:16) L'imparfait dit la répétition, la régularité. Le retrait de Marc 1 n'est pas l'exception d'un matin, mais l'illustration d'un rythme. Toute la vie publique de Jésus est scandée par ces allers et retours entre la foule et le désert, l'action et la prière, le don aux autres et le ressourcement auprès du Père. C'est de ce secret que jaillissait tout le reste. Il donnait aux hommes ce qu'il recevait de Dieu dans le silence.

Ce Jésus qui se retire pour prier est aussi celui qui nous enseigne à le faire. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.(Matthieu 6:6) Il ne s'agit pas d'un exploit spirituel réservé aux moines, mais d'une porte fermée, d'un lieu à part, d'un cœur tourné vers le Père qui voit dans le secret. Et la bonne nouvelle, c'est que nous n'entrons pas dans ce secret pour arracher à Dieu une faveur, mais pour retrouver un Père qui, en Christ, nous a déjà adoptés. Le lieu désert n'est pas le lieu d'un marchandage ; c'est le lieu d'une communion offerte par grâce.

Cette semaine, cherche ton lieu désert. Non pas un endroit lointain, mais un espace et un moment soustraits à l'agitation, fût-ce quelques minutes avant que la maison s'éveille, une place à part où fermer la porte. N'attends pas d'en avoir le temps, prends-le, arrache-le comme Jésus l'a arraché à la nuit. Redis, en t'y installant : Vers le matin, pendant qu'il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert, où il pria.(Marc 1:35) et laisse le silence se remplir non de tes soucis ni du vide, mais de la présence du Père. Ce que tu recevras là, dans le secret, tu le porteras ensuite dans le grand jour, comme lui l'a porté de son désert jusqu'aux foules qui l'attendaient.