Prière
Prier avec les Mots de Dieu
Quand la source intérieure est à sec, il reste un puits qui ne tarit pas : prier l’Écriture elle-même. Une pratique ancienne pour traverser les saisons arides sans cesser de parler à Dieu.
Prière — 6 min de lecture
12 novembre 2024

« ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche: elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins. »
La sécheresse spirituelle a un symptôme reconnaissable : les mots ne viennent plus. On s’assied pour prier et l’intérieur ressemble à un puits vide. On descend le seau, il remonte sec. Beaucoup redoublent alors d’efforts pour fabriquer de la prière, comme on presse un citron déjà pressé. La tradition chrétienne connaît un chemin plus humble et plus ancien : lorsque nos mots meurent, emprunter ceux de Dieu. Cesser de gratter le fond d’un puits tari, et marcher jusqu’au fleuve.
L’idée peut sembler artificielle. Réciter des mots qui ne sont pas les siens, n’est-ce pas l’inverse d’une prière sincère ? Ce serait oublier comment nous avons appris à parler. Aucun enfant n’invente sa langue ; il reçoit les mots de ses parents, les répète, et un jour ces mots empruntés finissent par dire son cœur à lui. Devant Dieu, il en va pareillement. Israël a prié les psaumes des siècles durant, et Jésus lui-même est mort un psaume aux lèvres : Jésus s’écria d’une voix forte: Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira.(Luc 23:46)
, rapporte l’évangéliste, reprenant le psaume 31 pour le rendre à son Père. La prière la plus intime passe par une langue maternelle, et cette langue, c’est l’Écriture.
Ésaïe 55, au verset 11, donne à cette pratique son assise : ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche: elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins.(Ésaïe 55:11)
L’hébreu nomme la parole dabar, un mot qui désigne à la fois la parole et l’acte : chez Dieu, dire et faire ne font qu’un. L’image du prophète est celle de la pluie et de la neige, qui ne remontent pas au ciel avant d’avoir abreuvé la terre. Voilà ce qui change tout au cœur de la sécheresse : mes paroles à moi peuvent rester stériles, la sienne jamais. Prier l’Écriture, c’est faire circuler cette parole efficace, la recevoir d’en haut, la laisser traverser le sol du cœur, puis la renvoyer vers Dieu chargée de notre propre terre. Le circuit ne dépend plus de notre fertilité.
La méthode est d’une simplicité désarmante. Choisissez un texte bref, un psaume, une parole de Jésus, une ligne d’épître. Lisez-le à mi-voix, sans vous presser. Puis reprenez-le phrase après phrase en le retournant vers Dieu. « L’Éternel est mon berger » devient « Seigneur, sois mon berger aujourd’hui, tu vois comme je suis perdu devant cette décision ». « Je ne manquerai de rien » devient « apprends-moi à te faire confiance, moi qui ai si peur de manquer ». Le texte fournit l’ossature, votre vie fournit la chair. Vous ne récitez pas, vous répondez.
Cette pratique produit des effets que la prière spontanée seule n’obtient pas. Elle élargit d’abord. Laissés à nous-mêmes, nous revenons toujours aux deux ou trois mêmes sujets ; l’Écriture, elle, nous met la louange aux lèvres quand nous n’y songions pas, la confession quand nous la fuyions, les nations quand notre horizon s’était réduit à la taille de notre semaine. Elle redresse ensuite. Nos prières spontanées épousent nos travers : l’anxieux prie avec anxiété, l’orgueilleux prie avec orgueil. Le texte inspiré rectifie la posture en douceur, comme un tuteur redresse une plante sans la briser.
Pour traverser une saison aride, fixez-vous une règle modeste et tenez-la : un psaume chaque jour, prié plutôt que simplement lu, pendant dix minutes. Les psaumes 23, 27, 42, 63, 103 et 121 forment une première semaine déjà éprouvée. Gardez un crayon à portée de main et soulignez le verset qui accroche ; c’est souvent celui-là que Dieu vous donne pour la journée. Ne mesurez pas la réussite à ce que vous ressentez sur le moment. La pluie d’Ésaïe travaille sous terre longtemps avant que rien ne perce à la surface, et la parole priée agit de même.
Un matin, sans prévenir, vous constaterez que le puits intérieur s’est rempli, et que vos propres mots reviennent, plus justes qu’autrefois, façonnés par ceux qu’ils ont si longtemps empruntés. Là se cache le secret des priants qui tiennent dans la durée : ils n’ont pas plus de ferveur que les autres, ils ont un fleuve où puiser. La sécheresse reviendra sans doute. Elle ne sera plus une impasse, car vous connaîtrez désormais le chemin de l’eau.
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